Les maisons d'édition et moi : je t'aime, moi non plus...

Les maisons d'édition et moi : je t'aime, moi non plus...

Depuis quelque temps, je lis beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux à propos des maisons d'édition. Comme souvent, les débats opposent les auteurs indépendants aux auteurs édités, comme s'il fallait forcément choisir un camp.

Pour ma part, je suis autrice indépendante depuis 2019, par choix. J'aime la liberté que cela me procure, la possibilité de décider de mes couvertures, de mes dates de sortie et de travailler avec les professionnels (correcteurs, illustrateurs, etc.) que je choisis. 

Pourtant, je n'ai jamais été hostile aux maisons d'édition. Bien au contraire. J'ai toujours été fière d'être une autrice hybride, parce qu'à mes yeux, l'autoédition et l'édition traditionnelle ne sont pas des ennemies. Être indépendant ne signifie pas avoir été rejeté par les maisons d'édition, pas plus qu'être édité ne signifie renoncer à son autonomie.

Le problème, c'est que mon historique avec les maisons d'édition ressemble de plus en plus à une malédiction.

Ma première expérience remonte à 2010. Après plusieurs mois de travail éditorial avec le directeur jeunesse d'une grande maison spécialisée dans l'imaginaire, mon roman devait être publié. Tout semblait suivre son cours jusqu'au moment où le directeur jeunesse a quitté son poste. Mon manuscrit (papier à l'époque) s'est alors volatilisé dans les méandres administratifs et, pour achever l'affaire, la collection jeunesse a été supprimée. Je n'ai jamais su si mon texte avait été perdu dans un tiroir ou dans une dimension parallèle réservée aux manuscrits oubliés.

Quelques années plus tard, en 2021, j'ai signé dans une collection feelgood, toujours pour une maison à compte d'éditeur. Cette fois, le livre est bel et bien sorti. Malheureusement, peu après mon arrivée, la directrice de collection a démissionné. Les auteurs se sont retrouvés à assurer eux-mêmes leur communication, leur promotion et la recherche de salons. J'avais soudain l'impression de faire exactement le même travail qu'en autoédition, mais avec moins de liberté. J'ai donc récupéré mes droits et republié le roman sous mon propre label.

Ma troisième expérience, en 2023, a longtemps été celle qui me réconciliait avec l'édition traditionnelle. Pendant trois ans, j'ai travaillé avec une maison d'édition que j'appréciais sincèrement. J'y ai rencontré des personnes passionnées, participé à de magnifiques salons et vécu de très beaux moments. Lorsque certains auteurs critiquaient leur maison d'édition, c'était souvent celle-ci que je citais en exemple. J'aimais son état d'esprit, son ouverture et la qualité des relations humaines. Puis est arrivée l'annonce que personne n'attendait : la cessation d'activité.

Je ne porte aucun jugement sur les circonstances qui ont conduit à cette situation. Le monde du livre traverse une période difficile et je sais que diriger une maison d'édition n'a rien d'évident.

Malgré tout, mon historique éditorial finit par ressembler à une statistique improbable. À chaque fois que je rejoins une structure, un responsable de collection démissionne ou la maison elle-même ferme ses portes. Je commence à envisager sérieusement d'ajouter un avertissement en première page de mes manuscrits.

Alors si vous dirigez une maison d'édition et que vous recevez un texte de ma part, considérez ce texte comme un message de prévention (humour... ou pas ?)

Retour au blog

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.