Je numérise, donc j'IA?

Je numérise, donc j'IA?

Plusieurs casquettes

Lorsqu’on est autrice indépendante, écrire des romans ne représente qu’une partie du travail. Il faut également endosser successivement les casquettes d’éditrice, de vendeuse, de commerciale, de responsable des communications, et, parfois, un peu de tout cela à la fois. Depuis des années, je conçois moi-même les visuels qui accompagnent mes livres et mon univers littéraire.

Cela me plaît. Avant de publier mes récits, j’étais déjà férue de photographie, de dessin et de peinture. J’aime créer des histoires avec des mots, mais aussi jouer avec les images, les couleurs et les compositions. Alors, forcément, quand il s’agit de présenter mes livres, je m’évertue à fabriquer moi-même mes clichés, mes montages et, depuis peu, mes vidéos.

 

Dinosaure découvre technologie

Dernièrement, j’ai découvert le montage vidéo en direct sur les RS. En bon dinosaure du siècle précédent, j’étais toute contente de maîtriser les sous-titres et le détourage automatiques. Prise d’une soudaine audace technologique, j’ai aussi ajouté de petits effets pour me faire disparaître ou accélérer. En vrai, je suis tétanisée devant une caméra. Je m’y astreins, car en matière de promotion, ça marche mieux que mes chères photos figées. Un clip ridiculement court me demande cent essais, autant de bafouillages. Je ne sais pas du tout où se trouvent les fameux filtres censés nous rendre plus jolies, moins ridées. Certains jours, j’oublie même mon rouge à lèvres. En d’autres termes, le trucage reste limité.

Générée par IA. Ah bon ?

Bref, après avoir sué sang et eau, je publie ma création animée. Et là, surprise, elle est étiquetée par la plateforme : « générée par IA » (c’est la loi depuis début août). Cette mention peut donc laisser croire que je suis un avatar ou que la vidéo a été fabriquée en quelques secondes avec un prompt emballé c’est pesé. Alors que mon cerveau a cogité des heures sur ce mini post, mes doigts se sont embrouillés sur les touches pour le montage, mon téléphone a failli tomber vingt fois de l’étagère, et j’ai recommencé assez souvent pour connaître mon texte jusque dans une prochaine vie… mais j’ai utilisé un effet spécial apparemment généré de façon artificielle. Je le suppose, car ce n’est pas signalé sur l’application.

Une étiquette fourre-tout

Cet étiquetage global me gêne : il ne fait plus la distinction entre « généré », « amélioré » ou travaillé à l’aide d’un programme intégrant des fonctionnalités d’IA. Pourtant, ces usages sont très différents. D’autant que Canva, Photoshop, CapCut (mes logiciels habituels depuis des années), mais aussi Facebook, Instagram, TikTok ou YouTube incorporent désormais de l’intelligence artificielle. Les utiliser (parfois à notre insu) ne signifie pas avoir produit son contenu par IA.

L’outil ne fait pas l’artiste

Les techniques évoluent depuis toujours. On n’a jamais demandé de signaler systématiquement chaque photographie passée par Photoshop ni aux illustrateurs travaillant sur tablette graphique de préciser qu’ils avaient troqué les pinceaux en bois et les poils de martre contre un stylet. Un outil reste un outil, et son utilisation ne dit rien, à elle seule, de la part de création humaine qui se trouve derrière le résultat.

Retouché n’est pas généré

L’IA soulève de nouvelles questions et mérite que l’on distingue une image entièrement générée d’une autre simplement travaillée avec des outils qui en intègrent. Mais, en effet : distinguons. Alors, par souci de transparence, mais aussi pour contrebalancer la confusion de cet estampillage, je me sens contrainte désormais de donner une précision à mes visuels : « Dessins, photos et montages personnels travaillés par mes soins à l’aide de logiciels et publiés sur des plateformes intégrant des fonctionnalités d’IA. » C’est de l’humour, bien sûr.

Vivement l’après-nouveauté

J’attends donc avec une certaine impatience que l’effervescence actuelle retombe, que les usages deviennent plus clairs, les étiquettes plus précises et que chacun puisse enfin travailler tranquillement avec les outils de son époque, sans devoir se justifier à chaque clic.

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